Site de Rééducation vestibulaire et de l'équilibration.

Réflexions vestibulaires



Primum non nocere: Du mythe de la réalité virtuelle à la situation ubuesque des nouveaux reéducateurs vestibulaires !
Comment a-t-on pu en arriver là, en 2020 ? Après avoir développé des systèmes de réalité virtuelle dans le domaine de la reeducation vestibulaire depuis...1998, époque à laquelle la plupart des gens ne possédaient même pas d'ordinateur personnel. Après avoir collaboré avec le laboratoire de réalité virtuelle de l'École polytechnique fédérale de Lausanne du Pr. Thalmann. Après avoir publié sur l'efficience de la simulation de foule en reeducation vestibulaire. Après avoir communiqué et reviewé dans des congrès de réalité virtuelle. Après avoir suivi des milliers de patients sur prescription de médecins oto-neurologues depuis 30 ans, je me demande ce qu'il a pu se passer pour en arriver à la situation actuelle.
La réalité virtuelle serait une méthode miracle hi-tech de nouvelle génération qui pourrait balayer les autres techniques existantes ? Certains semblent le croire. Pour preuve, aujourd'hui des kinésithérapeutes dits vestibulaires et sans formation s'équipent de matériel de réalité virtuelle dans le but de traiter des patients. Alors qu'ils n'ont pas même le matériel de base. À savoir, des lunettes de vidéonystagmoscopie, un fauteuil rotatoire et un stimulateur optocinetique classique ou un beamer. On se demande comment ils peuvent, ne serait-ce qu'évaluer l'état du patient.
Il ne se passe pas un mois sans qu'un de mes étudiants en IFMK ne demande des conseils pour faire un mémoire sur la réalité virtuelle en reeducation vestibulaire. Cette génération ne saurait plus vivre sans les écrans, sans le numérique ? Le croit-elle paré de toutes les vertus ?
Une étude particulièrement bien documentée de Marie Gorwa en 2016 à montré des choses parfaitement surprenantes: un pourcentage non négligeable de thérapeutes utilise la réalité virtuelle jusque dans...le traitement des VPPB ! Vous avez bien lu ! Cela existe et ça ne fait, bien-sûr pas partie des recommandations de l'HAS. Certains thérapeutes croient pouvoir faire compenser des déficits vestibulaires récents en les immergeant directement en réalité virtuelle alors qu'il existe encore un nystagmus spontané,. Oui, tout cela existe ! Même si le kinésithérapeute est libre du choix de ses techniques, il n'est pas certain qu'en cas de problème, devant un tribunal, il ne trouve le moindre argument scientifique dans la littérature pour justifier de ses choix thérapeutiques. D'autant que la charte déontologique que tous les professionnels signent auprès de l'Ordre précise que les techniques employées doivent être scientifiquement éprouvées.
Il ne se passe pas non plus un mois sans entendre parler d'un patient " détraqué " après après avoir été "plongé bêtement" en réalité virtuelle sans bilan préalable, sans plan thérapeutique précis.
La technique sans connaissances, sans compétence n'est rien.
Alors, comment en est-on arrivé à ces situations d'incompétence dangereuse ? Telle est la question...
Jérôme Grapinet. 4 septembre 2020.
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La science est indispensable mais ne suffit pas au praticien.
Si la médecine basée sur des preuves est le support indispensable à toute réflexion. Il n'en reste pas moins que les thérapeutes confrontés quotidiennement aux malades s'avèrent les plus aptes à faire la synthèse de ce qui est réellement efficace. Il existe des praticiens passionnés ayant assez d'expérience pour faire le tri parmi les études scientifiques de qualité ou d'intérêt très inégales, ou parfois biaisées par des intérêts commerciaux non déclarés. Les thérapeutes éclairés ont l'avantage d'avoir la science et l'expérience de la vraie vie. Einstein disait "La connaissance s'acquiert par l'expérience, tout le reste n'est que de l'information". L'expérience ne démontre jamais à elle seule quelque-chose mais elle entre en ligne de compte, par vérification ou réfutation, dans le processus de démonstration. Une longue expérience professionnelle à rencontrer des milliers de patients tous différents est une forme d'étude à grande échelle. Si la médecine factuelle peut aider le thérapeute à diminuer la complexité et donc l’incertitude, à utiliser les connaissances nouvelles avec un esprit critique et à entretenir un jugement clinique mieux informé, elle ne peut se réduire à une utilisation des recommandations de pratique clinique pour résoudre le problème posé par un patient donné. De plus, n'y a-t-il pas un risque que se développe une tyrannie de l’"Evidence Biaise Médecine", selon le jeu de mots en vogue, qui étouffe toute innovation thérapeutique ? Si les rééducateurs attendent que les scientifiques éloignés des patients inventent des techniques de traitement, il ne se passera pas grand-chose. Car la médecine physique n'intéressant pas l'industrie pharmaceutique, ce sont toujours les thérapeutes qui ont élaboré leurs propres techniques. À eux de les confronter à la science.
Ci-dessous l'excellent article de Pierre Trudelle "Les traitements validés en kinésithérapie n'existent pas".
Jérôme Grapinet.
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Kinésithérapie ?
Dans tous les pays du monde, les professionnels de la rééducation fonctionnelle, la réhabilitation, la physiothérapie s'appellent physiothérapeutes, physiotherapists. Sauf UN ! La France ! Exception culturelle française ! Tous les congrès internationaux comme ceux de la WCPT sont des réunions de "physios".
Bien que cette profession de santé soit validée par 5 années d'études, certains français s'accrochent toujours à l'appellation de "masseurs-kinésithérapeutes". Pas étonnant qu'avec ce nom de nombreuses instances médicales nationales n'ouvrent pas la porte à une profession dont ils pensent encore qu'elle traite par des massages.
Cette réflexion n'est qu'un avis personnel s'appuyant sur quelques décennies de pratique. Souhaitons que dans un avenir proche puisse s'opérer une prise de conscience de cette dénomination bien souvent handicapante pour l'évolution de la profession.

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